Faits en bref
Nom
Jardins publics d’Halifax
Type d’aménagement paysager
Parc-jardin en milieu urbain
Emplacement
Halifax (chemin Spring Garden et rue Summer), N.-É.
Coordonnées GPS : 440 38’34” N; 630 34’56” O
Propriétaire
Municipalité régionale d’Halifax
Historique
Rare jardin public victorien encore intact
Désigné lieu historique national (1984)
Introduction![]()
Le lieu historique national des Jardins-publics-d’Halifax est un exemple extrêmement rare de l’époque victorienne tardive, un jardin d’agrément du 19e siècle demeuré intact et qui continue de réjouir les visiteurs au cœur de la capitale côtière de la Nouvelle-Écosse.
Les Jardins constituent essentiellement une composition botanique animée d’une âme victorienne. Des ruisseaux et des cours d’eau sillonnent le domaine. Les bosquets sont agrémentés d’espèces exotiques, de statues de déesses, de portails en fer forgé et d’arbres matures. Les fontaines et les ponts attirent le regard, et, dans le plus pur style victorien, un kiosque à musique octogonal trône à l’endroit le plus ensoleillé du jardin. Érigé en l’honneur du jubilé d’or de la reine Victoria en 1887, ce kiosque était – et est toujours – entouré de 32 parterres géométriques plantés d’annuelles aux couleurs éclatantes.
L’exubérance horticole qui s’y déploie est un cadeau offert par les premiers habitants d’Halifax, une communauté animée d’un intérêt insatiable pour la science et de la ferme conviction que la nature exerce un pouvoir régénérateur pour tous, qu’il s’agisse des ouvriers de la ville ou des classes supérieures.
Les Jardins ont vu le jour lorsque la ville a ajouté des espaces verts adjacents au jardin de la société horticole de la Nouvelle-Écosse, aménagé sur le Halifax Common (ou parc urbain) en 1837. Ce jardin ainsi agrandi est rapidement devenu « un refuge enchanteur ». À la suite d’un nouvel agrandissement en 1872, la ville a embauché Richard Power pour gérer et harmoniser les terrains.
Power, qui ne visait rien de moins que la perfection victorienne, occupera le poste de superviseur « visionnaire » des jardins jusqu’en 1915. Dans la tradition « jardinesque » de John Claudius Loudon, il considérait qu’un jardin était en soi une œuvre d’art. Power apportait un soin particulier au choix des espèces exotiques, subtropicales et des essences d’arbres. Il les disposait de manière à ce qu’elles puissent être admirées individuellement, créant ainsi des décors victoriens pittoresques sur ces terrains impeccablement entretenus.
Aujourd’hui, sa vision perdure. Les jardins ont résisté aux aléas de la nature et à une croissance urbaine effrénée pour devenir un lieu historique national en 1984. Puis, à la suite de l’ouragan dévastateur qui a frappé Halifax en 2003, la ville a fait appel à des architectes paysagistes pour diriger la restauration des jardins et leur redonner leur splendeur d’origine.
Power et « l’état de perfection »
Richard Power, chef jardinier et « âme » des Jardins publics d’Halifax, entre au service de la ville d’Halifax en 1872. Comme le domaine s’étend désormais sur 6,5 ha (18 acres), sa première tâche consiste à harmoniser le parc pour en faire un ensemble symétrique et cohérent.
Pour les membres de la Société horticole de la Nouvelle-Écosse, passionnés de botanique, un homme doté des compétences pratiques et de la vision de Power constitue le surintendant idéal. Il a été formé en Irlande auprès de Sir Joseph Paxton, le concepteur avant-gardiste à l’origine du premier parc municipal de Grande-Bretagne. Plus tard, il se joindra à Olmsted et Vaux pour travailler à la conception de Central Park à New York.
Après seulement trois ans sous la supervision de Power, les Jardins seront officiellement rouverts, pour le plus grand bonheur du public. Les habitants diront des Jardins qu’ils sont devenus « un lieu de détente pour toute la haute société et les gens à la mode de l’époque », permettant à tous les Haligoniens d’échapper au stress de la vie urbaine.
Au cours des 42 années de son mandat, la passion de Power pour les techniques horticoles et les codes du « High Garden » victorien ne s’est jamais démentie. Sa sélection minutieuse de plantes englobe des espèces semi-tropicales, des arbres et arbustes exotiques, y compris des conifères particulièrement prisés à l’époque victorienne. Il conçoit des décors pittoresques pour mettre en valeur des spécimens exceptionnels, ajoutant au parc des ponts, des portails en fer forgé ouvragés et des sculptures de déesses. En 1897, une fois de plus en l’honneur de la reine Victoria, Power fait installer une fontaine pour marquer son jubilé de diamant.
Power perpétue les traditions de plantation de l’époque. Il supervise la transformation de l’étang Griffin, qui passera d’un simple carré à un lac miniature, et ajoute une serre, un jardin d’hiver et un nouveau pavillon. Chaque année, il plante des annuelles dans des parterres formant des tapis minutieusement conçus, composés de fleurs aux couleurs éclatantes, une tradition qui perdure encore aujourd’hui.
Un siècle et demi plus tard, les Jardins publics d’Halifax dégagent toujours ce charme victorien. Un nombre étonnant d’espèces et de variétés introduites par Power sont encore présentes; les Jardins constituent toujours un sanctuaire pour les oiseaux et, bien au-delà de leurs grilles, les arbres du parc ont essaimé pour embellir les rues de la ville.
Après l’ouragan : 200 ans de « charmante excellence »
En septembre 2003, l’ouragan Juan frappe Halifax de plein fouet, déracinant des arbres et causant des ravages dans les Jardins publics. À la suite de cette catastrophe, le cabinet d’architecture de paysage Vollick McKee dirigera une équipe de conception interdisciplinaire chargée de réhabiliter cet espace aimé de tous.
L’équipe doit composer avec un échéancier serré et exigeant. Elle se concentre d’abord sur les aspects pratiques de la restauration des sentiers et la résolution des problèmes de drainage, tout en reconfigurant les nombreux bassins et nombreuses cascades. Au grand soulagement des Haligoniens, les Jardins rouvrent leurs portes le jour de la Fête du Canada en 2004.
Mais face au choc causé par les ravages de l’ouragan, la ville prendra davantage conscience de la valeur exceptionnelle de ses jardins. Il est temps de faire le point. Halifax confie à Vollick McKee le mandat de restaurer de manière exhaustive l’aménagement centenaire. Le projet consiste notamment à repérer les ajouts incompatibles réalisés au fil des décennies et à réintroduire les éléments manquants qui existaient à l’époque de la gloire victorienne des Jardins. Comme une modernisation s’imposait, les concepteurs ont dû relever le défi d’y intégrer des équipements modernes.
Afin de restaurer les éléments clés de l’aménagement d’origine, l’équipe a fait preuve d’ambition en recréant le cours naturel du ruisseau d’origine. De plus, les équipes ont reconstruit la coupole sur le toit du hall horticole historique, ajouté une terrasse, aménagé un espace d’interprétation et un café, et installé une nouvelle fontaine en fonte. Les installations destinées aux visiteurs sont désormais mieux éclairées et accessibles à tous. L’entrée a été agrandie et peut désormais accueillir davantage d’autobus, comme il sied à un lieu historique national, et les concepteurs ont harmonisé la nouvelle porte d’entrée avec la clôture écossaise en fonte centenaire des Jardins.
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Aujourd’hui, les Jardins sont toujours reliés par un réseau d’allées de gravier aux courbes adoucies, et entourés d’un périmètre d’arbres matures et de larges trottoirs qui font office de zone tampon entre le parc et la ville environnante.
Verdict? La « charmante excellence » que les premiers Haligoniens souhaitaient voir est aujourd’hui plus authentiquement « victorienne » qu’elle ne l’a été pendant la majeure partie du siècle dernier.
Dans les mots des Victoriens d’Halifax
Le Journal of Garden History, vers 1983 environ, explique pourquoi des « citoyens éminents » ont consacré leur temps, leurs ressources et leurs compétences à la création des Jardins.
[TRADUCTION] Premièrement, un tel jardin contribue à la bonne santé physique et mentale des classes ouvrières en leur offrant un espace ouvert où elles pourront se détendre en famille. Deuxièmement, une collection de spécimens botaniques, convenablement agencée, aura l’heur de plaire aux hommes des classes supérieures, qui flâneront parmi les plantations en compagnie de leurs épouses et y trouveront de nombreux sujets de conversation raffinée. Et, troisièmement, une telle institution fera valoir « les qualités du pays » et, ce faisant, inculqueront un sentiment de patriotisme, ce qui devrait plaire aux politiciens.
Le service rendu à cette cause par les Victoriens d’Halifax, affirmait le Journal, était « un acte d’amour, le don d’un plaisir innocent et salutaire aux générations à venir ».

La Collection des paysages culturels patrimoniaux met en lumière les réalisations qui ont eu un impact durable dans le domaine de l'architecture de paysage et sur les communautés à travers le Canada.

