ENJEU CLIMATIQUE : Effet d’îlot de chaleur urbain; risque accru d’inondation et de ruissellement des eaux pluviales | SECTEUR : Architecture de paysage; établissement d’un plan directeur; écologie urbaine; infrastructures bleues et vertes | PHASE DU PROJET : Plan directeur adopté; mise en œuvre en cours | TYPE DE MESURE : Plan directeur; développement d’infrastructures bleues et vertes; revitalisation | TYPE DE MILIEU : Post-industriel; urbain
Présentation du projet
Le plan du Corridor de biodiversité de Saint-Laurent est une vision sur plus de 20 ans élaborée par LAND Italia (aujourd’hui LAND Canada, ci-après LAND), civiliti, Table Architecture et Biodiversité Conseil, qui sert de stratégie concrète pour transformer la zone industrielle de l’arrondissement Saint-Laurent à Montréal en un corridor écologique urbain continu. Guidé par le Plan directeur d’aménagement du Corridor de biodiversité de Saint-Laurent, ce projet de 450 hectares vise à renforcer la biodiversité et à améliorer la résilience climatique globale de Montréal grâce à un cadre unique d’infrastructures sociales, bleues et vertes, afin d’établir un réseau écologique connecté, de gérer les eaux pluviales, d’atténuer la chaleur urbaine et d’améliorer la qualité de vie en milieu urbain.
Emplacement : Montréal, Québec
Intervenants : LAND Italia (bureau canadien) (architectes paysagistes, concepteurs) ; civiliti (architectes paysagistes, gestionnaires de projet); Table Architecture (architectes paysagistes); Biodiversité Conseil (écologistes); arrondissement de Saint-Laurent (client); en collaboration avec la Ville de Montréal (client).
Organismes/ programmes de financement : plusieurs sources de financement, notamment les budgets municipaux, les initiatives participatives, les programmes fédéraux d’adaptation au changement climatique et les contributions prévues des partenaires.
Enjeux : perte de biodiversité; fragmentation de l’habitat urbain; perte de connectivité écologique; dégradation de l’habitat.
Mesures : mise en œuvre progressive d’un corridor bleu-vert continu intégrant des infrastructures sociales, afin de restaurer la connectivité écologique, d’améliorer la biodiversité urbaine, d’accroître l’accessibilité aux espaces verts et de soutenir la résilience climatique.
Résultats : rétablissement de la biodiversité; création d’habitats; connectivité écologique; amélioration de l’accessibilité aux espaces verts; amélioration de la gestion des eaux pluviales.
Responsable de l’étude de cas : LAND Italia (bureau canadien)
Contexte du projet
Le corridor de Saint-Laurent s’étend du boulevard Cavendish et de l’autoroute 40 (un embranchement de la Transcanadienne) jusqu’aux parcs du Bois-de-Liesse et du Bois-de-Saraguay, en traversant des zones boisées d’importance écologique, notamment les secteurs Cavendish, Marcel-Laurin et Cavendish–Raymond-Lasnier–Beaulac–Poirier. Ancien site de l’aéroport de Cartierville, ce secteur de l’arrondissement de Saint-Laurent a longtemps servi de pôle industriel et commercial majeur et a, par conséquent, fait l’objet d’importants aménagements en dur depuis les années 1960. Au fil du temps, les surfaces principalement asphaltées, combinées à un couvert forestier et végétal clairsemé, ont créé l’une des plus grandes zones d’îlot de chaleur urbain de la région, compromettant la qualité de vie des habitants et l’écologie urbaine.
Le site du corridor a d’abord été retenu dans le cadre de l’élaboration de politiques et d’efforts plus vastes visant à restaurer la biodiversité, ainsi qu’à « renaturaliser » et à déminéraliser le paysage fortement industrialisé, en s’appuyant sur une priorité municipale de longue date : améliorer la viabilité environnementale. En 2004, la Ville de Montréal a adopté la Politique de protection et de mise en valeur des milieux naturels, désignant dix écoterritoires à travers la ville afin de protéger et de valoriser la biodiversité dans des zones à haute valeur écologique. Parmi ces écoterritoires figurait le bassin versant du ruisseau Bertrand, que traverse le site du corridor Saint-Laurent, et qui a été reconnu en 2015 pour sa capacité à servir de corridor écologique clé pour la connectivité. Le projet a été officiellement lancé deux ans plus tard, lorsque la Ville a organisé un concours national multidisciplinaire en deux étapes, axé sur l’aménagement paysager, afin de restaurer le paysage fortement industrialisé et fragmenté, d’enrichir la biodiversité et de favoriser la santé et le bien-être des populations et de l’environnement à Saint-Laurent.
La vision retenue, élaborée par LAND, civiliti, Table Architecture et Biodiversité Conseil en 2018, constituait la base du plan directeur. Le Plan directeur d’aménagement (2019) formulait une vision à long terme concrète pour restaurer la biodiversité et la connectivité au sein du réseau écologique de la ville, ainsi que des interventions à court et moyen terme adaptées au contexte de chaque secteur de l’arrondissement. En soutenant la restauration de la biodiversité et le fonctionnement écologique, tout en améliorant simultanément la qualité de vie urbaine, le Plan directeur établit un cadre unique et intégré d’infrastructures sociales, bleues et vertes centré sur la coexistence afin de favoriser l’épanouissement des populations humaines et écologiques.
Comprendre et évaluer les impacts
Avant le concours, en 2016, l’arrondissement a mené une série d’études environnementales, sociales et spatiales du site afin de dégager les possibilités d’améliorer la qualité de l’environnement et de renforcer la santé et le bien-être des populations en restaurant les conditions écologiques sur des terrains sous-utilisés. À l’époque, l’une des priorités de la municipalité était d’améliorer la connectivité entre des écosystèmes fragmentés à l’aide de corridors et de zones tampons. Elle a mené divers exercices de cartographie pour recenser les forêts, les zones humides, les rivières et d’autres écosystèmes afin de comprendre leurs relations spatiales et de dégager des possibilités de connectivité selon les différentes échelles des systèmes terrestres, hydrologiques et aériens. L’arrondissement a également mené un vaste processus de consultation pour aligner les objectifs en matière de biodiversité et les objectifs sociaux, ce qui a permis d’inscrire le projet de corridor dans le cadre d’initiatives plus vastes à l’échelle de la ville et constituait la base des exigences du concours de design.
À l’issue du concours, les partenaires du projet ont mené trois analyses principales du site :
- Une cartographie systématique des conditions du sol et des infrastructures de gestion des eaux pluviales sur l’ensemble du site;
- Une évaluation et un inventaire complets de la faune locale et de la connectivité, y compris la relation avec l’activité humaine et l’accessibilité;
- Le rapport sur la biodiversité (annexe A1 du Plan directeur d’aménagement), qui synthétise les données issues d’enquêtes antérieures, de publications officielles et de travaux sur le terrain, et fournit les bases scientifiques pour la cartographie et l’analyse.
Des évaluations supplémentaires des surfaces pavées, de la matérialité et de la répartition de la canopée ont été menées et ont révélé une exposition élevée à l’effet d’îlot de chaleur, perturbant à la fois la qualité écologique et le confort thermique des résidents. Ces informations ont mis en évidence des vulnérabilités clés qui allaient finalement orienter la conception :
- Des lacunes dans la connectivité écologique, notamment une répartition fragmentée et inégale de la végétation qui restreint les déplacements de la faune terrestre et aérienne, des plans d’eau isolés qui limitent les habitats aquatiques et amphibiens, ainsi qu’une activité humaine intensive et des infrastructures routières qui constituent des obstacles importants à la mobilité de la faune terrestre.
- Zones inondables/zones à haut risque d’inondation, résultant de surfaces perméables limitées et de systèmes de drainage durables (SuDS) insuffisants, tels que les zones de rétention des eaux pluviales, les jardins pluviaux et les zones d’infiltration.
- L’exposition à l’effet d’îlot de chaleur urbain, due à l’étendue des surfaces pavées et au manque de couvert forestier et de couverture végétale.
Données climatiques et prise de décision
La vision du Corridor de biodiversité de Saint-Laurent a été élaborée selon une approche multidisciplinaire et multidimensionnelle, tenant compte à la fois de l’échelle du quartier et de l’échelle régionale, et axée sur la coexistence entre l’activité humaine et les systèmes écologiques dans le contexte fortement urbanisé de Saint-Laurent. Bien qu’aucune modélisation climatique spécifique n’ait été réalisée, les principes de résilience et d’adaptabilité climatiques ont été intégrés dans le cadre à long terme, et les interventions de conception se sont appuyées sur les objectifs et les projections à l’échelle de la ville, à l’image du Plan d’adaptation aux changements climatiques de l’agglomération de Montréal 2015-2020. L’approche de conception s’est également fortement appuyée sur les meilleures pratiques et les références professionnelles, telles que les cibles standard de couverture ombragée, pour déterminer si les conditions environnementales étaient suffisantes.
Bien que l’adaptation au climat n’ait pas été l’objectif initial, les stratégies visant à améliorer la qualité de vie, telles que l’augmentation de la couverture arborée, le renforcement des infrastructures vertes et l’atténuation des îlots de chaleur urbains, ont permis d’aligner les objectifs de résilience écologique et communautaire. La gestion des conditions climatiques et microclimatiques a été au cœur du Plan directeur, qui accordait la priorité à l’intensification de la couverture arborée et à la mise en place d’un réseau secondaire de végétation au niveau de la rue afin de renforcer les réseaux écologiques, d’améliorer la qualité de vie et d’atténuer la chaleur urbaine. Les interventions prévoient également des revêtements perméables et des stratégies de gestion intégrée des eaux pluviales le long des rues principales et dans les zones identifiées comme sous-performantes, afin de contribuer à une plus grande résilience climatique. Des zones de rétention végétalisées supplémentaires, des jardins pluviaux et des zones d’infiltration sont proposés pour contrôler les eaux pluviales et réduire les risques d’inondation, sur la base de projections futures indiquant une augmentation de la fréquence et de l’intensité des épisodes pluvieux. Bien que les stratégies initiales aient été élaborées à partir d’analyses qualitatives et spatiales, le cadre de mise en œuvre est prévu sur le long terme et intentionnellement adaptable, ce qui permet d’affiner et d’étendre les stratégies à mesure que les données climatiques quantitatives actualisées évoluent et deviennent plus accessibles dans la pratique.
Mesures
La vision du Corridor de biodiversité de Saint-Laurent a été élaborée avec les partenaires du projet et en collaboration avec le personnel de l’arrondissement de Saint-Laurent, et conçue comme un cadre méthodologique favorable à la nature (positif pour la nature) (c’est-à-dire, reposant sur la mise en place de formes naturelles productives) afin d’ouvrir la voie à des processus écologiques successifs. Le processus a réuni une équipe multidisciplinaire comprenant des architectes paysagistes, des urbanistes, des écologistes et des professionnels de la planification culturelle et sociale. Des consultations supplémentaires ont également eu lieu de manière continue avec un comité de suivi composé d’experts en conception (dont beaucoup étaient également membres du jury du concours). Cette structure collaborative de conception et de gouvernance a donné lieu à des échanges itératifs continus entre les différents acteurs du projet.
Au cours des phases de planification et de conception, les partenaires du projet ont élaboré des concepts paysagers hybrides afin de remédier à l’omniprésence des aménagements en dur et au caractère monofonctionnel du tissu urbain, et d’identifier et d’intégrer quatre typologies paysagères clés :
- Paysage linéaire identitaire : l’axe de connectivité principal du corridor
- Noyaux de biodiversité : zones à fort potentiel écologique
- Connectivité : un système secondaire d’infrastructures bleues et vertes et d’espaces arborés
- Paysages de soutien vital : zones adjacentes présentant un potentiel écologique (n’appartenant pas forcément à la ville) qui peuvent renforcer considérablement le corridor grâce à des actions publiques volontaires, telles que les toitures végétalisées, la plantation d’arbres et les jardins pour pollinisateurs sur des terrains privés.
Le cadre global proposé pour le site du corridor comprend des interventions paysagères continues et unificatrices le long de trois routes principales s’étendant aux zones adjacentes vers trois « noyaux de biodiversité » qui servent de points d’ancrage essentiels et se prêtent à des interventions complémentaires. Le tracé de la « colonne vertébrale » du corridor – formée des terrains sous-utilisés situés sous les grandes lignes électriques le long des routes principales – a été au cœur de l’élaboration du Plan directeur. Le Plan directeur du corridor propose la transformation de ces espaces linéaires sous-utilisés afin d’accueillir des prairies fleuries composées de lisières boisées, d’étangs, de sentiers piétonniers et d’infrastructures cyclables améliorées. Ces interventions formeront un corridor continu reliant les espaces verts existants et futurs en comblant les lacunes en matière de connectivité écologique et de transport actif. Elles permettront simultanément d’augmenter la couverture végétale, de créer de nouveaux habitats pour la faune et la flore, et d’atténuer la chaleur urbaine. De la même manière, les infrastructures bleues proposées dans les zones inondables s’appuient sur les infrastructures existantes de gestion de l’eau, établissant une approche à plusieurs niveaux pour renforcer la biodiversité, consolider la connectivité écologique et améliorer la qualité de vie urbaine en général.
Résumé des intentions de concept :
- Intégration sur trois axes : intégrer l’eau, le sol, la faune et la flore, ainsi que les personnes, constituant les trois éléments clés de l’infrastructure sociale, bleue et verte
- Connectivité à toutes les échelles : reconnecter les pôles de biodiversité et améliorer l’accès des résidents à une variété d’environnements naturels
- Paysage dynamique et planification temporelle : reconnaître le paysage comme évolutif, avec des stratégies d’adaptation à court, moyen et long terme
- Actions par paliers : organiser les interventions en fonction d’objectifs environnementaux et sociaux afin de promouvoir la coexistence, grâce à des actions ciblées et une mise en œuvre par étapes.
Mise en œuvre
Le Plan directeur du Corridor de biodiversité de Saint-Laurent a été officiellement adopté à la suite d’une présentation publique en mai 2019. La mise en œuvre telle que décrite dans le Plan directeur s’articule autour d’étapes à court terme (0 à 5 ans), à moyen terme (5 à 20 ans) et à long terme (plus de 20 ans) qui soutiennent quatre grandes priorités :
- La conservation et la mise en valeur des milieux naturels existants;
- La création de nouveaux habitats;
- La mise en place du réseau de connectivité écologique;
- Le renforcement des espaces sociaux et culturels.



Cartographie des orientations générales : conservation, création, connectivité et renforcement. (Image : Équipe du projet)
Pour concrétiser ces objectifs, le Plan directeur prévoit des interventions en couches, destinées à être mises en œuvre simultanément plutôt que sous la forme d’une série d’actions linéaires, afin de permettre aux processus écologiques et sociaux d’évoluer ensemble. Les couches environnementales comprennent le sol et l’eau, ainsi que la végétation et la faune, tandis que les couches centrées sur l’humain visent l’accessibilité et les activités culturelles et sociales. Le processus de mise en œuvre proposé commence par la régénération du sol afin d’établir les conditions essentielles à divers habitats, combinée à une stratégie de plantation visant à mettre en place une structure écologique en couches destinée à initier un processus graduel de repeuplement faunique permettant de renforcer les relations trophiques et d’améliorer la biodiversité globale. Un réseau d’espaces publics est intégré à ce cadre et conçu pour améliorer les conditions microclimatiques, faciliter l’accès multimodal et améliorer l’accessibilité des espaces verts, tout en maintenant des zones tampons appropriées pour protéger les zones écologiquement sensibles.




Cartographie des couches environnementales : sol, eau, flore, faune. (Image : Équipe du projet)
Si le Plan directeur fournit une feuille de route générale et une stratégie de mise en œuvre par étapes, sa réalisation a nécessité une certaine flexibilité. En effet, lors de la mise en œuvre, les intervenants du projet ont découvert qu’Hydro-Québec avait déjà des plans pour moderniser les infrastructures le long du corridor. Les interventions écologiques nouvellement aménagées risquaient alors d’être détruites lors de futurs travaux de construction. En raison de l’important travail nécessaire pour utiliser les zones situées sous les lignes électriques, la mise en œuvre du Plan directeur a subi un retard considérable, soulignant la nécessité d’une coordination continue avec les partenaires du projet afin de garantir un alignement entre le Plan directeur et les opérations des services publics.
En raison des impacts anticipés de la modernisation des infrastructures hydroélectriques, plutôt que de procéder par étapes, tel que prévu dans le Plan directeur, l’arrondissement a reporté les interventions majeures et s’est concentré sur l’application des stratégies du plan directeur à d’autres endroits. Ce séquençage adaptatif a été influencé non seulement par les contraintes d’infrastructure, mais aussi par la disponibilité des fonds. Bien que l’arrondissement continue d’allouer des ressources provenant de son propre budget, l’approche globale du financement est progressive et liée à la réalisation de composantes spécifiques du projet. Jusqu’à présent, des initiatives de budget participatif ont permis de financer la mise en œuvre, et des fonds fédéraux ont été obtenus grâce à des programmes d’adaptation au changement climatique qui contribuent de manière significative à des projets connexes. Un soutien supplémentaire est attendu de la part d’Hydro-Québec dans le cadre de l’amélioration prévue des infrastructures, en plus des programmes anticipés et des initiatives connexes menées par la Ville de Montréal qui créeront des possibilités de mobiliser des fonds.
Les travaux réalisés à ce jour ont été principalement effectués par le personnel municipal à l’interne, mais le recours à des consultants et à des entrepreneurs externes est prévu à mesure que le projet avancera. La phase 1 (achevée en 2021) a permis de mettre en place le premier tronçon fonctionnel du corridor le long des boulevards Cavendish et Thimens, et comprenait la plantation d’arbres — notamment le chêne rouge d’Amérique (Quercus rubra), l’amélanchier du Canada (Amelanchier canadensis) et le cornouiller stolonifère (Cornus stolonifera) — ainsi que la création de parterres de fleurs avec des espèces indigènes adaptées aux saisons, en plus d’éléments favorisant l’habitat aviaire tels que des nichoirs et des perchoirs. La phase 2 (achevée en 2024) s’est concentrée sur la création d’infrastructures vertes et l’amélioration de la connectivité écologique entre le parc Philippe-Laheurte, la zone boisée du parc Marcel-Laurin et la zone boisée Cavendish–Raymond-Lasnier, ainsi que sur la végétalisation des espaces ouverts sous-utilisés dans les parcs et le long des emprises.
Résultats et suivi
Le Plan directeur du Corridor de biodiversité de Saint-Laurent propose une approche innovante des infrastructures bleues, vertes et sociales intégrées. Le projet positionne de manière unique les interventions à l’échelle locale au sein d’un réseau écologique régional plus vaste afin de soutenir la biodiversité, d’améliorer la qualité de vie en milieu urbain et de rapprocher les gens de la nature, pour bâtir une ville résiliente face au changement climatique. Le Plan directeur a été élaboré comme un cadre méthodologique visant à relancer les processus écologiques, plutôt qu’à proposer un concept unique. Il définit une identité fondée sur la nature pour le domaine public, dans le but de l’étendre et de l’appliquer ailleurs à Montréal en tant qu’outil flexible et adaptable à différents contextes urbains.
L’intégration de sites actuellement détenus par des propriétaires privés constituera un volet important du projet. La stratégie propose des interventions adaptables qui s’étendent au-delà des limites municipales vers les paysages environnants favorables à l’écologie, appelés paysages de soutien écologique, afin de faciliter la continuité écologique et sociale entre les espaces publics et privés. Bien que ces interventions soient facultatives, elles encouragent la collaboration entre les secteurs public et privé en faveur d’une gestion environnementale et d’objectifs sociaux communs. Le Plan directeur du Corridor de biodiversité de Saint-Laurent, qui est une des premières initiatives visant à promouvoir ce type d’approche intégrée, constitue un précédent pouvant s’appliquer à d’autres villes à travers le monde.
Le Plan directeur du Corridor de biodiversité de Saint-Laurent propose un programme de suivi visant à documenter les résultats écologiques et sociaux et à orienter la gestion adaptative. Bien que la mise en œuvre n’ait pas jusqu’à présent suivi directement le cadre proposé, une connectivité écologique renforcée ainsi qu’une activité accrue des pollinisateurs et des oiseaux le long du corridor ont été observées. Le projet a également suscité un vif intérêt à l’international : en 2019, il a été présenté lors de la 5e édition de la Biennale du design de Wuhan en Chine; en 2020, il a reçu le Prix national de design urbain décerné par l’Institut royal d’architecture du Canada, l’Institut canadien des urbanistes et l’AAPC; et en 2021, il a remporté le Prix d’excellence de l’AAPC dans la catégorie Planification et analyse.
Points saillants
Le projet du Corridor de biodiversité de Saint-Laurent place l’architecture de paysage au cœur du processus d’élaboration des politiques et du processus de planification et de conception, et ce, dès le départ. L’appel d’offres lancé par la Ville de Montréal a été conçu comme un concours de conception multidisciplinaire axé sur l’aménagement du paysage, marquant un tournant vers des stratégies qui privilégient le paysage et qui placent les systèmes écologiques et l’infrastructure sociale au premier plan. Les architectes paysagistes et les concepteurs des différents partenaires du projet ont dirigé le projet directement, élaborant la proposition depuis la vision conceptuelle initiale jusqu’aux stratégies de mise en œuvre, tout en travaillant en collaboration avec le personnel municipal, l’équipe de conception multidisciplinaire et le comité de suivi.
Le projet du Corridor de biodiversité de Saint-Laurent fait une démonstration du rôle de l’architecte paysagiste non seulement dans sa contribution aux objectifs de la ville et au processus de planification générale, mais aussi dans la médiation entre les disciplines, ainsi qu’entre les humains et l’écologie. En s’appuyant sur le cadre des infrastructures bleues, vertes et sociales, les connaissances et l’expertise de l’architecte paysagiste ont été essentielles pour parvenir à une intégration et à un équilibre entre les objectifs écologiques et sociaux, veillant ainsi à ce que la biodiversité, l’habitat et les processus environnementaux soient prioritaires au même titre que le développement urbain, le domaine public et les besoins de la communauté. De cette manière, le projet met davantage en valeur le rôle de la profession dans la définition de l’identité urbaine. Plutôt que de s’appuyer sur des éléments de conception traditionnels ou purement esthétiques, les architectes paysagistes de LAND ont proposé que ce projet reflète l’identité de l’arrondissement, grâce à une présence accrue d’infrastructures vertes et de nature urbaine, où les systèmes écologiques et les interactions quotidiennes avec le paysage deviennent la caractéristique déterminante du lieu.
Prochaines étapes
Les prochaines étapes de la mise en œuvre du Plan directeur du Corridor de biodiversité de Saint-Laurent sont en cours d’élaboration. Du point de vue municipal, la réalisation et l’entretien à long terme nécessiteront des connaissances écologiques plus approfondies, des soins spécialisés et une formation ciblée du personnel à mesure que le projet avancera. Bien que les efforts de formation actuels aient été limités en raison de la portée réduite de la phase initiale de mise en œuvre, l’arrondissement cherche des possibilités de développer une expertise à l’interne et d’intégrer un suivi systématique et une gestion adaptative. Cette approche inclura probablement le suivi des résultats en matière de biodiversité et des fonctions écosystémiques à l’aide de méthodes quantitatives et d’approches participatives, telles que les programmes de science citoyenne. Même si la surveillance interne est actuellement limitée, l’arrondissement vise à étendre ces efforts pour répondre aux besoins évolutifs en matière de gestion des eaux pluviales et du climat, et pour évaluer les progrès par rapport aux étapes clés de la mise en œuvre. Une des dernières interventions proposées comprend la construction d’un écopont qui permettra à terme d’étendre les stratégies du corridor de Saint-Laurent au-delà des limites de l’arrondissement, afin de le relier à des réseaux écologiques plus vastes au nord, de l’autre côté de la Rivière-des-Prairies. Bien que cela ne relève pas du champ d’application du Plan directeur, cette initiative est considérée comme une occasion cruciale à long terme de remédier à la déconnexion actuelle du corridor par rapport aux espaces verts régionaux plus vastes, et souligne la nécessité d’une connectivité écologique au-delà des frontières administratives.
Une coordination continue avec les partenaires du projet est nécessaire pour faire avancer et reprendre la mise en œuvre du Plan directeur. Si les contraintes infrastructurelles ont entraîné des retards, elles ont également offert aux partenaires du projet de nouvelles occasions d’envisager des pistes supplémentaires pour intégrer des stratégies d’adaptation au changement climatique et déterminer comment les prochaines étapes pourront répondre aux besoins climatiques en constante évolution et s’aligner sur les normes et cadres internationaux, tels que la définition de l’infrastructure verte de l’UE, le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming à Montréal, ainsi que les Natural Capital Accounting and Valuation of Ecosystem Services (SEEA EA). Si le Plan directeur du Corridor de biodiversité de Saint-Laurent offre une base solide pour soutenir à la fois la biodiversité et la résilience climatique, l’alignement des actions futures sur les cadres internationaux ouvre de nouvelles possibilités pour mesurer les services écosystémiques, évaluer le capital naturel et s’assurer que les interventions apportent des co-bénéfices tant pour l’environnement que pour la communauté de Saint-Laurent.


Le passage faunique supérieur aménagé pour le long terme relierait le corridor de biodiversité de Saint-Laurent aux parcs naturels voisins et aux arrondissements situés de l’autre côté de la voie ferrée. (Image : Équipe du projet)
Ressources
- Ville de Montreal (2025) - Saint-Laurent Biodiversity Corridor, project page
- Corridor de biodiversité de Saint-Laurent - Plan directeur d'aménagement (2019)
- CSLA/AAPC Awards page [ENG] [FN]
- LAND Italia - Biodiversity Corridor, Montréal, project portfolio
- Civiliti - Saint-Laurent Biodiversity Corridor, project portfolio
- Biodiversité conseil - Plan directeur: Corridor de biodiversité Saint-Laurent

Cette étude de cas a été préparée et rédigée par Sabrina Careri (Design Communications) au nom de l'AAPC.
Elle fait partie de la série d'études de cas ADAPTerre, une ressource éducative et un outil de sensibilisation développés par l'AAPC avec le soutien du Programme d'adaptation aux changements climatiques de Ressources naturelles Canada.