ENJEU CLIMATIQUE : Inondations pluviales (précipitations extrêmes); îlots de chaleur urbains; qualité de l'eau en milieu urbain | SECTEUR : Architecture de paysage; infrastructures vertes; infrastructures de transport | PHASE DU PROJET : Fin de la construction | TYPE DE MESURE : Infrastructures vertes de gestion des eaux pluviales; infrastructures bleues-vertes | TYPE DE MILIEU : Paysage urbain; quartier résidentiel
Présentation du projet
Le St. George Rainway (le « Rainway ») est le plus grand corridor bleu-vert de Vancouver, transformant une rue résidentielle pavée en une infrastructure verte de gestion des eaux pluviales (IVGEP) s'étendant sur plusieurs îlots et en un corridor de transport durable. Lancé par des bénévoles de la communauté et porté par la ville de Vancouver, le Rainway intègre la gestion des eaux pluviales, l'écologie urbaine, le transport actif et des avantages pour le domaine public. En captant et en traitant les eaux pluviales en surface grâce à une série de jardins de pluie, le Rainway réduit la pression sur le réseau d'égouts, améliore la qualité de l'eau en aval, favorise la biodiversité urbaine et contribue à rafraîchir le quartier lors des canicules.
Emplacement : Vancouver, Colombie-Britannique
Intervenants : Groupe communautaire (vision initiale), Ville de Vancouver (planification, consultation, mise en œuvre)
Enjeux : Inondations pluviales; ruissellement des eaux pluviales polluées; débordements d'égouts; infrastructures vieillissantes; chaleur urbaine
Mesures : Développement d'une infrastructure verte de gestion des eaux pluviales (rigole de drainage biologique) conçue pour contrôler et traiter les eaux pluviales urbaines polluées, accroître la biodiversité, améliorer les options de transport actif et les réseaux de mobilité, renforcer la protection contre les inondations, favoriser le rafraîchissement en zone urbaine et soutenir la gestion communautaire et le développement.
Résultats : Amélioration de la qualité de l'eau; réduction des inondations; dérivation des eaux pluviales hors du réseau d'égouts pluviaux; restauration de la biodiversité; rafraîchissement en zone urbaine; amélioration de la mobilité et des transports actifs; création d’espaces publics favorisant les loisirs.
Responsable de l’étude de cas : Ville de Vancouver
Contexte du projet
Avant le développement urbain, la zone entourant St. George Street faisait partie d’une forêt côtière de pruches occidentales, où un petit ruisseau acheminait les eaux du bassin versant local vers False Creek. Avec l’expansion du développement urbain au cours des années 1900, des cours d’eau historiques, comme celui de St. George Street, ont été enterrés pour faire place à des routes et à des aménagements urbains. Cette transformation a profondément modifié l’hydrologie locale, l’écologie et le lien de la communauté environnante avec la nature.
Le projet Rainway a été initialement imaginé par un groupe de bénévoles de la communauté qui cherchaient à restaurer la nature urbaine, à faire revivre le ruisseau disparu et à créer de nouvelles possibilités pour des activités artistiques et éducatives, ainsi que pour les rassemblements de quartier. En 2010, le groupe communautaire Rainway a été formé et a commencé un travail de promotion, de mobilisation et de conception pour développer une vision du Rainway dans leur quartier local de Mount Pleasant. En 2013, le conseil municipal a approuvé le plan communautaire de Mount Pleasant, qui jetait les bases du projet, et désigné St. George Street comme IVGEP et corridor de transport actif.
En 2019, le conseil municipal a fait avancer le projet en ajoutant le projet St. George Rainway à sa liste de projets d’immobilisations, s'engageant à réaliser la première phase du Rainway avec une équipe de conception multidisciplinaire et une équipe de construction internes.
Comprendre et évaluer les impacts
Le Rainway proposé par la communauté offrait à la Ville une occasion stratégique de relever de multiples défis en matière d'infrastructures à Mount Pleasant : atténuer les inondations localisées, augmenter la capacité du réseau dans une zone connaissant une croissance résidentielle constante et améliorer la qualité de l'eau dans le bassin versant de False Creek. Le corridor subissait des inondations localisées et une pression liée à la densification du quartier. Le réseau d’égouts existant est vieillissant et fonctionne à pleine capacité, ce qui limite sa capacité à absorber des débits d’eaux pluviales excédentaires. Sans intervention, des travaux de modernisation des canalisations seraient nécessaires dans un avenir proche pour faire face à l’augmentation des débits attribuable au développement continu et au changement climatique. La ville a estimé le coût de ces travaux de modernisation de la capacité du réseau d’égouts à environ 16 M$.
Les impacts sur la qualité de l'eau constituaient également une préoccupation majeure, car le corridor se déverse dans False Creek, l'un des plans d'eau utilisé à des fins récréatives les plus fréquentés de Vancouver. Les sédiments pollués présents dans les eaux de ruissellement urbaines posent des risques pour la santé écologique en aval et l'usage public. Les infrastructures vertes de gestion des eaux pluviales constituent l'une des seules méthodes efficaces pour capter, traiter et éliminer ces sédiments pollués avant qu'ils n'atteignent nos cours d'eau. Comme de nombreux autres secteurs, St George Street est également confronté à des défis urbains plus généraux, tels que la perte continue de biodiversité, un couvert arboré inégal et un manque d’espaces verts. Les quartiers denses, avec une végétation limitée et de vastes surfaces pavées, sont particulièrement vulnérables à l’effet d’îlot de chaleur urbain, ce qui augmente la fréquence et l’intensité des épisodes de chaleur extrême. Ensemble, ces conditions soulignaient la nécessité d’adopter une approche présentant de multiples avantages pour gérer les eaux pluviales en surface, améliorer la qualité de l'eau, renforcer les réseaux de transport actif, soutenir la fonction écologique et améliorer la qualité de vie.
Données climatiques et prise de décision
La conception du Rainway s'est appuyée sur un ensemble de politiques et de plans stratégiques de la ville de Vancouver qui intégraient dans leurs objectifs des données climatiques régionales, les principes de la science climatique mondiale et des stratégies d'adaptation au changement climatique. Parmi les principales politiques figuraient la Rain City Strategy, le programme de réaffectation des espaces routiers, le Climate Emergency Action Plan (CEAP), Transportation 2040, la stratégie de foresterie urbaine et la stratégie en matière de biodiversité. Collectivement, ces stratégies et politiques ont façonné la manière dont les projets de gestion des eaux pluviales et de transport ont été conçus et mis en œuvre dans toute la ville.
La Rain City Strategy représente un changement fondamental dans la manière dont les eaux pluviales sont gérées à Vancouver. La stratégie repose sur l’objectif global de capter et de traiter au moins 90 % des précipitations annuelles moyennes de Vancouver, ainsi que sur un objectif de conception visant à gérer 48 mm de précipitations par jour. Ces objectifs s'appuient sur une analyse des tendances pluviométriques historiques, des projections climatiques, une analyse comparative des politiques et une expertise professionnelle. Pour le Rainway, ces objectifs ont guidé la modélisation hydraulique et la conception du système, avec des infrastructures dont les dimensions ont été conçues pour atteindre ou dépasser les objectifs de conception de la Rain City Strategy, dans la mesure du possible.
La ville de Vancouver dispose également d’un cadre stratégique de longue date visant à réaffecter les espaces routiers vers des modes de transport à faibles émissions. Plus récemment, le CEAP de Vancouver fixait des objectifs d’émissions visant à réduire la pollution carbone de la ville de 50 % d’ici 2030. Le Rainway s’est inspiré du CEAP et du programme de réaménagement routier de Vancouver, qui visent à transformer les rues ordinaires en espaces publics, accordant la priorité à la marche, au vélo, aux transports en commun et aux infrastructures vertes.
À l'échelle du site, les données climatiques régionales et les outils de cartographie du Système d’information géographique (SIG) ont guidé les décisions de conception propres au site. Les Climate Projections for Metro Vancouver (2016), qui prévoient des hivers plus humides et des étés plus chauds et plus secs d'ici le milieu du siècle, ont par exemple influencé les stratégies relatives à l’aménagement paysager du Rainway. En effet, on y privilégiait les espèces résistantes à la sécheresse et résilientes au changement climatique, tout en favorisant la biodiversité urbaine. Les données sur la foresterie urbaine et la vulnérabilité à la chaleur, notamment l’analyse de la canopée par LiDAR, la cartographie SIG et l’imagerie aérienne, ont déterminé que le corridor St. George était particulièrement sensible aux épisodes de chaleur extrême, renforçant ainsi la nécessité d’étoffer la canopée, l’ombrage et les systèmes végétalisés pour atténuer les effets d’îlot de chaleur urbain et améliorer la résilience climatique à long terme.
Mesures
En 2020, la ville de Vancouver a lancé un processus de consultation publique et de planification de deux ans pour faire avancer la vision communautaire du Rainway. Même si le cours d’eau historique était enfoui trop profondément sous terre pour que sa remise à ciel ouvert soit techniquement réalisable, le Rainway permettait de repenser la rue comme un système bleu-vert qui honore cette voie navigable historique tout en répondant à des défis modernes en matière d’infrastructure et de climat. La ville de Vancouver définit un système bleu-vert comme un réseau de rues aux allures de parcs qui relient les espaces verts et regroupent en un même lieu des habitats, des installations de gestion des eaux pluviales, des voies piétonnes et des pistes cyclables. Grâce à cette approche, les rues reproduisent en surface le ruisseau disparu, tout en offrant des avantages en matière de drainage, de mobilité, d’écologie et d’espace public.
Objectifs en matière de gestion de l'eau : Les objectifs de gestion de l'eau du projet s'inspirent de la Rain City Strategy de la ville de Vancouver, qui privilégie la gestion des eaux pluviales là où elles tombent et vise à capter au moins 90 % des précipitations annuelles moyennes de Vancouver. Conformément aux normes de conception des infrastructures vertes de la ville de Vancouver, le système a également été conçu pour éliminer 80 % du total des solides en suspension (TSS), contribuant ainsi à améliorer la qualité de l'eau en aval dans False Creek. Compte tenu des limites de capacité des égouts existants dans le quartier de Mount Pleasant et des objectifs liés à la qualité de l'eau en aval (False Creek), l'objectif de conception était de capter les eaux de ruissellement et de gérer les eaux pluviales provenant de St. George Street et de toutes les ruelles qui la croisent dans la zone de captage composée de quatre îlots. Le Rainway est destiné à compléter, et non à remplacer, le réseau d'égouts existant; il permettra d’absorber partiellement les charges d'eaux pluviales afin de s'adapter à la densification et d'améliorer la résilience face aux conditions climatiques changeantes, notamment des précipitations plus fréquentes et plus intenses.
Objectifs en matière de transport : Les objectifs de transport du projet s’inscrivent dans le cadre du plan Transport 2024 et du CEAP de la ville de Vancouver, visant tous deux à réduire les émissions de carbone des véhicules en facilitant les déplacements à pied, à vélo, à l’aide de véhicules de micromobilité (tels que les trottinettes) ou en transports en commun. S'inspirant de ces plans, le projet visait à élargir les options de transport actif en créant une piste cyclable adaptée à tous les âges et à toutes les capacités et en modernisant l'infrastructure routière afin d'améliorer la sécurité, le confort et l'accessibilité pour les piétons et les cyclistes. Ces objectifs soutiennent également la décision du conseil municipal de Vancouver de repenser au moins 11 % de l’espace routier existant dans toute la ville afin de donner la priorité aux personnes, à la nature et à la gestion des eaux pluviales, plutôt qu'au stationnement des véhicules.
Objectifs en matière d'environnement, de couvert arboré et de biodiversité : La promotion de la biodiversité urbaine a joué un rôle central dans la conception du projet. Au cours de la phase de planification, l’équipe de conception de la ville s’est attachée à dégager des mesures susceptibles de faire avancer les politiques et les recommandations visant à étendre le couvert arboré et à lutter contre la perte de biodiversité grâce à une couverture végétale accrue et à la création d’habitats à l’échelle de la rue. Les savoirs écologiques traditionnels ont également été intégrés au processus de conception; en effet, l’équipe a travaillé avec des consultants autochtones pour la sélection des espèces et les stratégies de plantation. Afin de garantir la mesurabilité de ces objectifs, l'équipe s’est attachée à établir une base de référence des conditions écologiques grâce à un bioblitz d'un an et à un programme de science communautaire, base sur laquelle reposeront toutes les mesures de suivi ultérieures.
Objectifs communautaires et de création d’espaces publics : Compte tenu de la riche histoire du Rainway en tant qu’initiative guidée par la vision et la volonté de la communauté, les objectifs communautaires et de création d’espaces publics ont été au cœur des premières phases de planification et de conception. La ville, qui s’est inspirée des valeurs établies lors de précédents travaux de conception menés par la communauté, a cherché à créer le Rainway de concert avec la communauté et à intégrer des œuvres d’art public et des liens éducatifs qui rendent hommage au ruisseau, tout en soutenant l’aménagement d’espaces publics, l’expression artistique, l’apprentissage et le jeu informel.
Pour faire avancer ces objectifs, la participation des citoyens a été pensée comme un processus itératif guidé par le concept; cet exercice comportait de multiples phases de mobilisation communautaire qui se sont étendues au-delà de la planification, et se sont poursuivies jusqu’aux étapes de la conception, de la construction et du suivi à long terme du Rainway. Afin de s’assurer que les valeurs de la communauté soient intégrées au projet dès le départ, la ville a mis en place le comité consultatif du St. George Rainway, composé de résidents, de commerçants et de membres de la communauté. Le comité consultatif a formulé des commentaires sur les premiers travaux de planification et de conception avant qu’ils ne soient affinés et communiqués au cours des différentes phases de consultation publique. La consultation publique élargie prévoyait des sondages, des ateliers de co-conception, des journées portes ouvertes, des programmes de mobilisation auprès des jeunes, une démonstration éphémère du Rainway et un suivi scientifique communautaire. Les contributions recueillies grâce à ces activités ont guidé l’élaboration de trois concepts d’IVGEP et de quatre options d’aménagement des transports, qui ont été présentés aux membres du public; ces derniers pouvaient alors formuler leurs commentaires et voter pour l’option à retenir.
Résumé des intentions de concept :
- Traiter et gérer les eaux pluviales urbaines afin d'améliorer la qualité de l'eau qui se déverse dans False Creek, de réduire les débordements des égouts unitaires et d'alléger la pression sur le réseau d'égouts municipal.
- Réaménager l'espace routier pour améliorer l'accessibilité et rendre la marche, la circulation à pied et à vélo sûres, pratiques, confortables et agréables pour tous les âges et toutes les capacités.
- Utiliser des infrastructures vertes de gestion des eaux pluviales pour accroître la biodiversité et le couvert arboré, et rafraîchir le quartier pendant les canicules.
- Concevoir le Rainway en collaboration avec la communauté afin de créer des connexions visibles et éducatives qui rendent hommage au ruisseau historique, tout en favorisant la création d’espaces publics, l'expression artistique, l'apprentissage et les jeux informels.
Mise en œuvre
La construction du Rainway a commencé au début de 2023 et s'est déroulée bloc par bloc, l'achèvement du dernier bloc étant prévu pour l'été 2026. La coordination entre le secteur des infrastructures vertes et les autres services municipaux a permis de mettre à l’essai de nouvelles approches et de nouveaux matériaux, ce qui a contribué à établir de nouvelles normes pour les futurs projets d'infrastructures vertes de gestion des eaux pluviales.
La réalisation du Rainway dans l'emprise publique a posé plusieurs défis de construction typiques des travaux dans un corridor urbain dense. L'emprise routière contient de nombreux réseaux souterrains, souvent à des profondeurs et alignements variables, ce qui rend leur emplacement exact difficile à confirmer avant le début des travaux. Parmi les contraintes supplémentaires figuraient la largeur limitée de l'emprise, la nécessité de maintenir l'accès aux habitations et aux commerces, ainsi que la coordination avec le calendrier de construction des aménagements voisins. Le premier bloc de construction présentait également une pente d'environ 12 %, ce qui a nécessité des détails de conception, des techniques de construction et une expertise spécialisés pour mener à bien les travaux en toute sécurité sur un site escarpé.
Des études détaillées des réseaux de services publics et la présence d’un inspecteur de chantier dédié se sont révélées essentielles pour surmonter ces contraintes et garantir l’adéquation entre l’intention de concept et les réalités des travaux de construction. Les acteurs participant à la conception et à la construction comprenaient, entre autres, des consultants en conception structurelle et géotechnique, les équipes d’exploitation et de construction de la ville, les services d’ingénierie de la ville, ainsi que les chefs de projet municipaux, les représentants des réseaux tiers et les entrepreneurs chargés de la plantation et de l’entretien. Le succès du Rainway reposait sur la collaboration entre tous ces services.
Afin de respecter les objectifs écologiques, l'équipe du projet s'est efforcée de se procurer et de réutiliser des matériaux de récupération dans la mesure du possible, notamment des blocs de granit récupérés lors de travaux d'excavation de la ville, des troncs provenant d'arbres tombés lors de tempêtes, du bois flotté récupéré sur les plages de la ville et des blocs de bordure de chaussée en granit réutilisés comme plaques de sédimentation dans le jardin de pluie.
Résultats et suivi
Le concept final réalloue 1 100 m2 d’espace routier sur quatre îlots à une infrastructure de gestion des eaux pluviales fondée sur la nature, sous la forme d'une série de jardins de pluie interconnectés. Le projet ferme un îlot et demi à la circulation automobile, crée davantage d'espaces pour les personnes et la nature, et propose des pistes cyclables adaptées à tous les âges et à toutes les capacités sur trois îlots, contribuant ainsi à combler une lacune majeure dans le réseau cyclable de Vancouver. Le Rainway ajoute également 35 nouveaux arbres, augmentant ainsi l'ombre et contribuant à rafraîchir le corridor St. George. Le projet consacre 3 000 m2 de surface végétalisée à des infrastructures de gestion des eaux pluviales conçues pour traiter environ 17 500 m³ et absorber 5 000 m³ d'eau de pluie par année. Le système est conçu pour traiter 90 % des épisodes de précipitations de Vancouver, avec une capacité excédentaire pour renforcer la résilience lors d’événements liés aux rivières atmosphériques.
Guidé par les objectifs communautaires en faveur d’une approche de plantation naturalisée, par les connaissances autochtones issues du rapport d’ethnobotanique et par les données existantes sur la biodiversité recueillies lors d’événements de surveillance scientifique communautaire, l’aménagement des plantations a été élaboré sur une base écologique solide. L’équipe de conception a cherché à intégrer dans sa stratégie de plantation une vision reposant sur la fonction écologique et les valeurs communautaires. Cette vision s’est traduite par une plantation en couches multiples, de type matriciel, avec des espèces à auto-ensemencement et à rhizomes rampants, afin de permettre au Rainway d’évoluer naturellement au fil du temps. À mesure que certaines espèces prospèrent et que d’autres disparaissent, la végétation continuera de se transformer. Des espèces végétales ont été plantées ensemble pour qu’elles puissent bénéficier des mêmes conditions de croissance et interagir avec le sol, les plantes à racines superficielles pouvant se développer aux côtés de plantes vivaces à racines profondes sans se disputer l’espace, les nutriments et l’eau. L'objectif est un système autosuffisant permettant au paysage de s’épanouir avec un entretien limité à long terme et une résilience écologique accrue. Des rondins, des rochers et du bois en décomposition ont été intégrés à l’aménagement pour créer des microhabitats pour les insectes, les pollinisateurs et la petite faune urbaine. Afin d'équilibrer une infiltration efficace des eaux pluviales avec une fonction écologique à long terme, les sols structuraux ont été améliorés biologiquement grâce à des tests microbiologiques et à une inoculation ciblée, soutenant ainsi les performances techniques et préservant la santé des nutriments du sol.
Au cours des consultations communautaires, la création d’espaces publics et l’hommage au ruisseau sont apparus comme des thèmes centraux. En réponse à la vision de la communauté, l’équipe de conception a intégré des éléments de la création d’espaces publics tout au long du Rainway, faisant référence à l’écologie historique du site. Le long du tronçon le plus escarpé, le défi posé par la pente a été transformé en une occasion « d’animer » l’eau grâce à une série de déversoirs, créant ainsi un élément aquatique éphémère qui met en valeur l’importance historique de l’eau le long de St. George Street. Des installations d’art public ont également été aménagées pour faire écho à la vision de la communauté qui souhaitait honorer le patrimoine écologique du site. La collaboration avec Holly Schmidt, artiste en résidence du service d’ingénierie de la ville, a mené à l’intégration d’une installation composée de troncs nourriciers à l’extrémité du Rainway. Représentant les forêts côtières de pruches occidentales de Vancouver, l’installation est conçue pour se décomposer au fil du temps, symbolisant ainsi la régénération. D'autres éléments artistiques, tels que des sièges en bois sur mesure inspirés des champignons « queue de dindon » (tramète versicolore), des motifs au jet de sable sur la place, des murs décoratifs avec des motifs incrustés de plantes côtières et des panneaux d'interprétation, racontent l'histoire des ruisseaux disparus et du patrimoine écologique de Vancouver.
Le programme de suivi comprend des tests du taux d'infiltration et d'absorption, des études de biodiversité post-construction utilisant des espèces indicatrices, ainsi qu'une gestion scientifique communautaire à long terme. Les premières observations lors d’événements pluvieux majeurs indiquent que le Rainway fonctionne au-delà de ses normes de conception, absorbant efficacement les eaux de pluie abondantes des rivières atmosphériques grâce au sol et aux plantes. Des évaluations à plus long terme continueront de surveiller la gestion de l’eau du Rainway lors d’épisodes pluvieux et de suivre l’installation de la canopée, l’évolution de la biodiversité et le réchauffement urbain, tout en reconnaissant que ces avantages se confirmeront avec le temps à mesure que les systèmes arriveront à maturité.
Le Rainway montre également l’importance d’une sensibilisation et d’une mobilisation rapides de la communauté, car l’intégration de la résilience climatique dans l’aménagement urbain nécessite souvent un recadrage des idées reçues sur l’esthétique traditionnelle et des perceptions du public sur la nature urbaine. Les efforts de sensibilisation ont été essentiels pour faire évoluer ces perceptions et susciter une appréciation des paysages urbains « sauvages », écologiquement fonctionnels et sains.
Points saillants
La planification et la conception du St. George Rainway ont été le fruit d’un processus collaboratif mené par une équipe multidisciplinaire de designers au sein du service d’ingénierie de la ville de Vancouver; cette équipe était composée notamment d’ingénieurs des transports, d’ingénieurs en infrastructures vertes, d’architectes paysagistes et d’urbanistes. Les architectes paysagistes de la ville de Vancouver ont joué un rôle crucial dans la conception du Rainway, de la conception jusqu’à la mise en œuvre. Ce projet montre bien l’intérêt d’intégrer des architectes paysagistes aux services d’ingénierie, plutôt que de faire travailler ces deux parties en silos. Dans cette structure collaborative, les ingénieurs ont dirigé la conception du dimensionnement du système, de ses performances hydrologiques et du réseau de canalisations souterraines, tandis que les architectes paysagistes ont travaillé à la conception de la forme du Rainway, des espaces publics et de la palette végétale. Ensemble, les membres de cette équipe intégrée ont su traduire les exigences hydrologiques et écologiques du projet en un espace public fonctionnel et attrayant.
Dès les premières étapes du projet, les architectes paysagistes ont préconisé une approche fondée sur la pensée écologique systémique afin de s’assurer que le projet réponde aux besoins hydrologiques et écologiques, tout en tenant compte des besoins de la communauté. Les architectes paysagistes ont directement influencé l’organisation spatiale et les performances de l’IVGEP, intégrant dès le départ les concepts de viabilité et de résilience. Le Rainway illustre la capacité de la profession à mettre en œuvre des systèmes d'infrastructure présentant de multiples avantages. À la croisée de l'ingénierie, de l'écologie et de la conception d'espaces publics, les architectes paysagistes ont traduit des exigences techniques complexes en un système bleu-vert qui sert d'infrastructure de drainage essentielle, tout en soutenant l'écologie urbaine, la résilience climatique et l'usage communautaire.
Prochaines étapes
Le Rainway s'inscrit dans un modèle reproductible qui servira de référence pour les futures initiatives d’IVGEP à l'échelle de la ville et n'est pas destiné à être un projet ponctuel. L'équipe chargée des infrastructures vertes de la ville explore actuellement les possibilités d'intégrer le projet à d'autres programmes municipaux (p. ex. le programme Seeding Stewardship) afin de renforcer le rôle des bénévoles (p. ex. à travers des fresques murales, la surveillance scientifique communautaire et d'autres initiatives de quartier), et évalue actuellement les moyens d'étendre le Rainway le long de St. George Street jusqu'à Kingsway Avenue, en suivant le tracé d’origine du cours d’eau. Le travail débutera le prochain plan d’immobilisations de la ville et devraient s'achever en deux phases supplémentaires. Ces phases finales du St. George Rainway renforceront le rôle de la rue St. George en tant que corridor majeur de transport actif, relié au plus vaste réseau urbain et assurant des fonctions essentielles de gestion des eaux pluviales et de drainage pour le quartier.
Ressources
Série de webinaires ADAPTerre de l’AAPC - Le St. George Rainway : systèmes bleus-verts pour l'adaptation au climat et la qualité de vie, avec le personnel de la ville de Vancouver : Cherie Zhi Xiao, cheffe de projet senior - architecte paysagiste, Cameron Owen, urbaniste principal, et Erica Mason, ingénieure principale en conception des transports
City of Vancouver - St. George Rainway, Shape your City
- St. George Rainway Project, Community group website
- CBC News (October, 2024) - B.C. atmospheric river a successful first test of community-led rain management project
- City of Vancouver (November, 2019) - Rain City Strategy
- City of Vancouver - Healthy Waters Plan
- City of Vancouver - Active Transportation Promotion & Enabling Plan: Background Report
- City of Vancouver - Green rainwater infrastructure: sustainably managing our rainwater
- City of Vancouver - Green rainwater infrastructure design resources

Cette étude de cas a été rédigée par le personnel de la Ville de Vancouver, en collaboration avec Sabrina Careri (Design Communications) au nom de l'AAPC.
Elle fait partie de la série d'études de cas ADAPTerre, une ressource éducative et un outil de sensibilisation développés par l'AAPC avec le soutien du Programme d'adaptation aux changements climatiques de Ressources naturelles Canada.