ENJEU CLIMATIQUE : Perte de biodiversité; augmentation des précipitations; augmentation du ruissellement des eaux pluviales; effet d’îlot de chaleur urbain | SECTEUR : Infrastructures vertes; architecture de paysage; élaboration de politiques; urbanisme | PHASE DU PROJET : Adopté en 2009; entré en vigueur en 2010; abrogation du règlement sur les toits verts en 2025 | TYPE DE MESURE : Élaboration de politiques | TYPE DE MILIEU : Urbain
Présentation du projet
Le City of Toronto Green Roof Bylaw (règlement sur les toits verts de la Ville de Toronto), qui est parmi les premières politiques municipales de ce type, était un mécanisme réglementaire qui établissait des normes de construction et imposait des exigences en matière de toitures végétalisées pour les nouveaux aménagements ou les annexes de bâtiments dont la surface hors œuvre brute dépassait 2 000 m². Entre 2010 et 2025, ce règlement a soutenu une industrie de la conception et de la construction de toitures végétalisées estimée à 50 millions de dollars, ce qui a favorisé l’installation de plus de 1 200 toitures végétalisées à travers la Ville. Le règlement a contribué à la résilience climatique à l’échelle de la Ville et aux objectifs de construction durable en améliorant la gestion des eaux pluviales, en réduisant la chaleur urbaine et en favorisant la biodiversité urbaine et la couverture en espaces verts dans tous les nouveaux aménagements.
Emplacement : Toronto, Ontario
Intervenants : Ville de Toronto — Conseil municipal; service d’urbanisme (planification environnementale, politiques, initiatives stratégiques, politiques et analyse et Toronto Building); province de l’Ontario (autorité législative); Université métropolitaine de Toronto (recherche), faculté d’architecture, d’aménagement paysager et de design Daniels de l’Université de Toronto, Laboratoire d’essais et d’innovation en matière de toitures végétalisées (GRIT lab) (recherche); LiveRoof Ontario, Next Level Stormwater Management (entreprises de produits et services liés aux toitures végétalisées)
Organismes/ programmes de financement : Ville de Toronto
Enjeux : Surfaces urbaines imperméables; absence d’exigences normalisées en matière de conception et de construction des toitures végétalisées; perte d’espaces verts accessibles et/ou au niveau du sol; gestion des eaux pluviales
Mesures : La Ville de Toronto a adopté la Green Roof Strategy (stratégie des toits verts) en 2006, suivie de la promulgation du Green Roof Bylaw (règlement sur les toits verts) en 2010, passant ainsi de mesures incitatives à des exigences obligatoires en matière de couverture végétalisée des toitures pour tous les nouveaux aménagements à grande échelle.
Résultats : A permis la mise en œuvre à grande échelle de toitures végétalisées à Toronto, favorisant ainsi l’installation de plus de 1 200 toitures végétalisées et la croissance économique associée à un secteur voué à la conception et à la construction de toitures végétalisées.
Responsable de l’étude de cas : Ville de Toronto
Contexte du projet
Afin d’encourager l’aménagement généralisé de toits verts sur les bâtiments publics et privés, une initiative principalement motivée par un objectif de gestion des eaux pluviales, la Ville de Toronto a adopté en 2006 la Green Roof Strategy, Making Green Roofs Happen (stratégie des toits verts). À l’époque, le maire David Miller et le maire adjoint Joe Pantalone, figuraient parmi les premiers promoteurs de ces initiatives. Le soutien sans faille du service d’urbanisme et de la haute direction s’est révélé essentiel, notamment grâce au leadership du directeur Joe D’Abramo et de Jane Welsh (architecte paysagiste et chef de projet de l’unité de planification environnementale du service d’urbanisme de Toronto).
Au-delà du leadership interne, la promotion à l’externe a également joué un rôle important, en particulier celui d’organisations telles que Green Roofs for Healthy Cities. Parmi les initiatives clés de la stratégie figuraient un programme pilote d’incitatifs financiers, l’intégration des toitures végétalisées dans les projets d’investissement municipaux et, surtout, le recours à un processus d’examen des projets d’aménagement pour encourager l’installation de toitures végétalisées. La stratégie intégrait la conception de toitures végétalisées dans les autorisations des demandes d’aménagement, ce qui a permis de concrétiser un certain nombre de projets grâce à la révision des plans de zonage et d’aménagement jusqu’en 2007.
Parallèlement, la Ville a mené des initiatives complémentaires de sensibilisation du public et de formation professionnelle visant à favoriser une adoption de cette pratique à plus grande échelle. Elle a également imposé aux organismes municipaux de doter leurs nouveaux bâtiments de toitures végétalisées couvrant 50 % de la surface de toiture disponible, ce qui a rapidement mené à de tels aménagements sur des bâtiments municipaux et culturels, et qui ont servi de modèles précurseurs pour l’ensemble du secteur. Ensemble, ces premières mesures ont permis de mener les essais nécessaires et de renforcer les capacités pour que la Ville passe d’une approche volontaire à une mise en œuvre réglementaire. Grâce aux nouveaux pouvoirs législatifs accordés par la province de l’Ontario dans le cadre des modifications apportées à la Loi de 2006 sur la cité de Toronto, la Ville est alors passée de mesures incitatives aux exigences obligatoires, en adoptant officiellement le Chapter 492, the Green Roof Bylaw, en 2009.
Le règlement sur les toits verts de Toronto définit une toiture végétalisée comme « une extension d’un toit hors sol, construite au sommet d’une structure artificielle, qui permet à la végétation de pousser dans un substrat de culture et qui est conçue, construite et entretenue conformément à la norme de construction des toitures végétalisées de Toronto ». Un toit végétalisé conforme comprend, au minimum, un système antiracine, une couche de drainage, une couche filtrante, un substrat de culture et de la végétation, le tout installé au-dessus d’une membrane imperméable. Le règlement établissait un cadre politique visant à officialiser les normes de construction et à assurer une mise en œuvre cohérente dans tous les nouveaux projets de développement à grande échelle.
Comprendre et évaluer les impacts
Avant l’adoption du règlement sur les toits verts, la Ville de Toronto a chargé une équipe de l’Université métropolitaine de Toronto (alors appelée l’Université Ryerson) de rédiger un rapport intitulé Report on the Environmental Benefits and Costs of Green Roof Technology for the City of Toronto (2005). Cette étude a servi de base à la stratégie des toits verts de 2006, démontrant les avantages économiques, sociaux et environnementaux liés à l’installation de toitures végétalisées tant à l’échelle des bâtiments qu’à l’échelle de la Ville. Les résultats de l’étude ont permis d’étayer la réglementation et guidé l’élaboration des normes et des exigences techniques.
Du point de vue de la performance des bâtiments, l’étude a révélé que les toitures végétalisées contribuaient à réduire la demande énergétique en modérant les températures à la surface des toits, en améliorant la performance thermique et en diminuant les charges de chauffage et de climatisation, avec des avantages supplémentaires liés à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. À l’échelle urbaine, les toitures végétalisées ont été identifiées comme des mécanismes efficaces pour atténuer la chaleur urbaine en rafraîchissant la température de l’air et en augmentant la surface végétalisée dans des environnements urbains denses. La rétention des eaux pluviales constituait un élément clé, car on a constaté que les toitures végétalisées amélioraient la capacité de rétention des précipitations, réduisant ainsi les débits de pointe et allégeant la pression sur les réseaux d’évacuation des eaux pluviales, tout en améliorant la qualité de l’eau en aval. Le cadre stratégique a également été enrichi par les avantages sociaux observés, notamment la réduction du bruit, l’amélioration de la qualité visuelle, mais également de la santé mentale et du bien-être physique associée aux possibilités d’agriculture urbaine, aux loisirs et à un accès accru à la nature, ainsi qu’à l’embellissement global des infrastructures urbaines par la nature.
Données climatiques et prise de décision
La politique reposait sur une compréhension claire de ses avantages environnementaux et sa concordance avec les objectifs plus larges de résilience climatique de la Ville de Toronto. Elle s’appuyait sur des résultats de recherche (issus notamment de l’étude de l’Université métropolitaine de Toronto) qui ont confirmé que, si d’autres technologies peuvent contribuer à la gestion des eaux pluviales et à l’atténuation de la chaleur, les toits verts procurent des avantages écologiques de manière unique et simultanée. Ces avantages connexes ont été décrits dans l’étude de l’Université métropolitaine de Toronto et comprennent notamment l’amélioration de la qualité de l’air grâce à la séquestration du carbone et l’élimination des polluants, ainsi que le soutien à la restauration de la biodiversité par la création d’habitats pour les oiseaux, les pollinisateurs et d’autres petites espèces de faune urbaine. Ces résultats ont ensuite servi de base aux Guidelines for Biodiverse Green Roofs (lignes directrices pour des toitures végétalisées favorisant la biodiversité) et ont renforcé les normes techniques intégrées au règlement municipal. Les recherches menées par d’autres institutions et les contributions d’experts techniques, notamment de groupes tels que le GRIT Lab, ont généré des connaissances appliquées essentielles sur la composition des sols et la sélection des plantes, améliorant ainsi les performances du système et renforçant les fonctions écologiques, intégrées aux normes de construction.
Le contexte climatique général de Toronto a depuis évolué; les données climatiques sont maintenant plus directement intégrées à l’élaboration des politiques et à l’aménagement. La Resilience Strategy (2019) (stratégie de résilience) de la Ville a mis en évidence les principales pressions auxquelles la Ville est confrontée, notamment le changement climatique, le logement, la mobilité et l’équité, et a spécifiquement identifié le règlement sur les toits verts comme un moyen de renforcer la résilience de la Ville. Des études climatiques plus récentes commandées par la Ville, telles que le Toronto’s Current and Future Climate Report (2024) (le rapport sur le climat actuel et futur de Toronto), fournissent des projections climatiques à long terme actualisées documentant les tendances au réchauffement depuis les 170 dernières années, les dix années les plus chaudes ayant été enregistrées depuis 1998. Les projections climatiques indiquent également une augmentation de la fréquence et de l’intensité des épisodes de chaleur extrême et de précipitations. Ces tendances soulignent la nécessité de mettre en place des infrastructures vertes, telles que les toits végétalisés, comme stratégies d’adaptation au changement climatique fondées sur la nature et intégrées à l’échelle de la Ville.
Mesures
Outre les analyses économiques, sociales et environnementales, la Ville de Toronto a intégré diverses contributions externes dès le début du processus de rédaction afin d’éclairer et de justifier l’adoption du règlement, en mettant l’accent sur les normes de construction et les considérations techniques, ainsi que sur les conflits potentiels. À l’instar du modèle employé dans les processus relatifs au code du bâtiment, un comité consultatif technique a été formé pour guider l’élaboration de la norme de construction et des exigences techniques, en s’appuyant sur ses consultations auprès d’experts pour établir un cadre intégré d’examen des permis de construire et de conformité. En effet, la collaboration entre les services municipaux, les acteurs de l’industrie, les consultants et les dirigeants a été essentielle au succès du règlement. Le processus de consultation interpellait des groupes environnementaux, des consultants de l’industrie, des promoteurs et d’autres professionnels afin de recueillir des avis sur la faisabilité et la structure. Ce processus a favorisé un échange de connaissances transdisciplinaires en vue d’élaborer une politique fondée sur des données probantes dans les domaines de la conception, de la construction et de l’aménagement, notamment l’architecture de paysage, l’ingénierie, l’urbanisme et la conception urbaine, en plus de faire appel à des représentants de l’industrie, des chercheurs universitaires et le personnel municipal.
La participation des promoteurs dès le début du processus a été cruciale pour dégager les défis pratiques et les conflits potentiels relatifs au zonage et à d’autres exigences en matière d’aménagement, et ainsi éviter des obstacles qui auraient pu nuire au développement et à l’obtention des autorisations. De même, la collaboration avec les entrepreneurs en toiture et les acteurs du secteur a aidé la Ville à évaluer les capacités de l’industrie et à cerner les obstacles potentiels à l’installation et à l’entretien. Le règlement a été affiné dans le cadre d’un processus itératif afin d’intégrer les contributions des intervenants et de s’aligner sur d’autres outils d’aménagement, notamment les lignes directrices sur les immeubles de moyenne hauteur et les politiques relatives aux immeubles de grande hauteur, où les exigences techniques ont été ajustées pour éviter tout conflit avec les typologies de bâtiments privilégiées.
En conséquence, des mécanismes visant à garantir une plus grande souplesse ont été utilisés pour atténuer les obstacles au développement tout en préservant les objectifs de la politique. Une disposition de compensation financière accordait une certaine flexibilité aux promoteurs lorsque l’installation physique n’était pas réalisable, les paiements étant versés au Eco-Roof Incentive Program (programme de mesures incitatives pour les toitures écologiques), qui finance les investissements dans les toitures végétalisées ailleurs dans la Ville. Le programme a par la suite été élargi afin d’inclure les organisations à but non lucratif, les écoles et d’autres usages pour lesquels la conformité pourrait se révéler difficile à atteindre. Ce processus a permis de s’assurer que les promoteurs installent des toitures végétalisées ou versent une compensation financière, les deux mécanismes contribuant à faire progresser les objectifs en matière d’adaptation climatique et d’infrastructures vertes à l’échelle de la Ville.


Installation de plantations à l’aide de bacs modulaires sur le toit végétalisé de Waterworks. (Image : JRS)
Mise en œuvre
Avant l’adoption officielle du règlement sur les toits verts de Toronto, des exigences internes avaient déjà mené à l’aménagement de ces structures sur les propriétés et les installations appartenant à la Ville. Ces premières applications ont montré l’engagement de la Ville envers cette orientation stratégique et ont contribué à établir sa crédibilité et son leadership dans la promotion des toitures végétalisées. En conséquence, plusieurs projets municipaux, notamment les installations gérées par la Commission de transport de Toronto, sont devenus des précédents importants pour ces aménagements prévus dans le règlement. Afin de favoriser une mise en œuvre cohérente, la Ville a organisé des activités de sensibilisation et de formation à l’intention du personnel chargé de l’aménagement et de la construction, a intégré les exigences relatives aux toitures végétalisées aux processus d’examen des projets de développement et a prévu une période de transition pour permettre aux professionnels et à l’industrie de s’adapter aux nouvelles exigences réglementaires.
Le règlement sur les toits verts de Toronto est devenu exécutoire par le biais du processus de délivrance des permis de construire et a pu être appliqué à titre de texte législatif en vertu du Code du bâtiment de l’Ontario. Comme la délivrance des permis de construire était tributaire de la conformité des projets, l’intégration des toitures végétalisées dans les pratiques de conception et de construction a connu un départ sur les chapeaux de roues à Toronto. Afin de soutenir leur entretien à long terme, les promoteurs étaient également tenus de soumettre un plan d’entretien lors du processus de demande de permis. Au fil du temps, des modifications et des exclusions ont été ajoutées à la politique afin de remédier à des problèmes imprévus et aux écueils pratiques apparus lors de la mise en œuvre.
En réponse aux exigences réglementaires et à la demande croissante du marché, les projets de toitures végétalisées à Toronto ont mis de plus en plus l’accent sur une intégration renforcée entre l’architecture, l’architecture de paysage et les objectifs de performance environnementale. Le règlement sur les toits verts de Toronto recoupe d’autres politiques municipales et exigences techniques, notamment celles relatives aux normes de gestion des eaux pluviales. Ce chevauchement a favorisé le développement de systèmes de toitures bleues et vertes plus intégrés, combinant une infrastructure verte à une capacité de gestion de l’eau améliorée, illustrant ainsi comment les exigences réglementaires du règlement ont conduit à la mise en place de systèmes de toitures multifonctionnels et avancés.
Le toit végétalisé du terminal GO de Kipling (LiveRoof) représente l’une des premières applications à grande échelle d’un système de toiture végétalisée à Toronto, spécialement conçu pour la rétention et le stockage des eaux, et directement intégré à la structure du toit. Fruit d’une collaboration entre Strasman Architects et NAK Design Strategies (avec WSP), le toit végétalisé de Kipling GO intègre des bacs végétalisés modulaires pour capter une part importante des précipitations lors des épisodes pluvieux saisonniers, tandis que l’excès d’eau lors de tempêtes plus importantes est temporairement stocké dans une zone de rétention sous-jacente avant d’être évacué par des drains à débit contrôlé. Ce projet montre comment les toitures végétalisées ont évolué vers des systèmes plus intégrés et plus performants en réponse aux exigences réglementaires, et se distingue également par son emplacement sur une installation provinciale dans un contexte de développement relevant de plusieurs paliers de gouvernement.
À Toronto, les systèmes de toitures végétalisées sont de plus en plus conçus non seulement pour répondre aux exigences réglementaires, mais aussi pour favoriser la création d’espaces communautaires extérieurs accessibles, renforcer la biodiversité et améliorer l’entretien à long terme ainsi que les performances fonctionnelles. Bien que de nombreuses toitures végétalisées se trouvent sur des bâtiments privés, leurs avantages cumulés contribuent à la gestion des eaux pluviales, à la réduction de la chaleur urbaine, à la restauration de la biodiversité et aux services écologiques à l’échelle de la Ville. De plus, les nouvelles terrasses résidentielles végétalisées à grande échelle montrent comment la conception des toitures végétalisées a évolué pour devenir une infrastructure sociale intégrant des éléments d’aménagement communautaire et de paysagisme, tout en apportant des avantages écologiques. Aquabella at Bayside, dirigé par 3XN (Next Level Stormwater Management), par exemple, répond directement aux exigences de gestion des eaux pluviales et est également conçu de manière intentionnelle pour renforcer la biodiversité locale et soutenir sa restauration.
Dans d’autres projets, la conception des toitures végétalisées répond non seulement à des objectifs de gestion des eaux pluviales et à des objectifs environnementaux, mais aussi à la volonté de créer des espaces de loisirs accessibles offrant aux résidents de nouvelles occasions d’entrer en contact avec la nature et de favoriser les liens communautaires, grâce à des choix esthétiques délibérés. Des projets tels que One & Two Old Mill (LiveRoof), menés par Janet Rosenberg & Studio, intègrent une stratégie de plantation intégrée visant à créer des zones de plantation au ras du sol afin de renforcer l’intérêt visuel grâce à une variation des hauteurs de plantation et à définir des « pièces » et des chemins. De même, des projets tels que Waterworks (LiveRoof), également menés par Janet Rosenberg & Studio, proposent des terrasses d’agrément intégrées à un système de toiture végétalisée, en incorporant une palette végétale composée de fleurs sauvages et de graminées. Ces projets illustrent une approche multifonctionnelle émergente de la conception des toitures végétalisées, servant autant d’infrastructure sociale que d’infrastructure environnementale — et favorisant les rassemblements et la création d’espaces de vie, tout en offrant des avantages écologiques grâce à une valeur accrue accordée à l’habitat et à la biodiversité.
De la même manière, des projets en cours tels que l’Indigenous House de l’Université de Toronto (Next Level Stormwater Management) reflètent une plus vaste intégration de la performance environnementale et de l’aménagement paysager avec une programmation culturelle. Dirigée par Formline en consultation avec PUBLIC WORK, l’Indigenous House (dont l’achèvement est prévu au printemps 2026) comportera des systèmes de toitures végétalisées et des aménagements paysagers tels que des espaces de rassemblement, des jardins pédagogiques et des jardins médicinaux et spirituels autochtones, en utilisant une palette végétale développée en collaboration avec Next Level Stormwater Management, spécialement pour ce projet, et comprenant un mélange de plantations indigènes et de plantes pollinisatrices ainsi que des espèces traditionnellement utilisées pour l’alimentation et l’artisanat. Également remarquable par sa pente raide et sa forme complexe – qui intègre un tapis de prairie sur un système de sangles suspendues par des câbles –, Indigenous House fera progresser à la fois l’éducation, les avantages écologiques et une conception adaptée au climat, tout en créant de nouvelles possibilités pour des usages culturels et l’enseignement autochtone dans un cadre institutionnel.


Indigenous House à l’Université de Toronto : rendu de la zone du jardin en contrebas (à gauche); système de renforcement de pente suspendu par câbles pour l’installation d’un tapis de prairie (à droite). (Image : PUBLIC WORK)
Résultats et suivi
Entre 2010 et 2025, le règlement sur les toits verts de Toronto a soutenu une industrie de la conception et de la construction de toits végétalisés estimée à 50 millions de dollars et a permis l’installation de plus de 1 200 toits végétalisés à travers la Ville. En 2025, l’Université de Toronto a mené une étude de télédétection qui a montré que la plupart des toitures végétalisées construites en vertu du règlement sont toujours en place et généralement en bon état, démontrant ainsi la viabilité et la performance à long terme des projets réalisés. La mise en œuvre et l’entretien réussis de ces projets dans le cadre du règlement illustrent les impacts positifs d’une réglementation fondée sur des données probantes pour modifier les comportements du marché et stimuler la croissance du secteur lorsqu’elle s’appuie sur une consultation et un cadre de mise en œuvre solide. Plus largement, le règlement a mis en évidence les avantages d’une adoption des infrastructures vertes axée sur des politiques pour renforcer la résilience climatique et améliorer les pratiques professionnelles dans tous les domaines de la conception.
Points saillants
En tant que professionnels possédant des compétences uniques à la croisée de l’écologie, de la conception et de l’aménagement, les architectes paysagistes ont joué un rôle central dans le processus d’élaboration du règlement sur les toits verts de Toronto, contribuant de manière déterminante non seulement à la réalisation des projets, mais aussi à la définition de la politique et des normes techniques qui l’ont guidée. Outre les architectes paysagistes de la Ville de Toronto, la Ontario Association of Landscape Architects (OALA) a participé aux travaux du comité consultatif technique de la Ville afin d’offrir son expertise lors de l’élaboration des normes de construction des toitures végétalisées. Bien qu’il s’agisse d’un processus collaboratif, le rôle de l’architecte paysagiste a fait profiter les équipes d’une perspective distincte et essentielle, fondée sur la rigueur technique et une réflexion sur les systèmes écologiques. Cet apport direct a permis de s’assurer que les exigences reflétaient des considérations pratiques en matière de conception et les meilleures pratiques émergentes dans la réalisation de projets de toitures végétalisées, tout en établissant des stratégies efficaces et applicables pour relever les défis liés au climat, tels que la gestion des eaux pluviales et la restauration de la biodiversité, et pour faire progresser la construction de villes résilientes et capables de s’adapter au climat.
Au-delà de l’élaboration de politiques, les architectes paysagistes ont joué un rôle central dans la promotion des approches de conception écologique et l’intégration des systèmes de toitures végétalisées dans la planification globale des sites, comme en témoignent les projets réalisés dans le cadre du règlement sur les toits verts de Toronto. Leur expertise en matière de conception, d’hydrologie et d’écologie a favorisé le développement d’une construction intégrée de toitures végétalisées, contribuant ainsi à la fois à l’amélioration des performances environnementales et à la réalisation des objectifs de renforcement du tissu social grâce à la création d’espaces verts sur les toits. Si la collaboration entre les architectes paysagistes, les architectes, les ingénieurs et les fournisseurs de toitures végétales a été essentielle à la réussite des projets, la coordination étroite entre les architectes paysagistes et les fournisseurs, en particulier, a favorisé l’innovation et le perfectionnement des pratiques d’installation à mesure que l’industrie locale évoluait à Toronto. Tout au long de ces projets, les architectes paysagistes ont travaillé en étroite collaboration avec les fournisseurs de toitures végétalisées, et leurs efforts conjoints ont guidé l’élaboration de normes de conception pratiques, telles que des communautés végétales adaptées aux conditions des milieux de culture, ainsi que le développement de produits spécialisés, notamment des systèmes de toitures végétalisées favorisant la biodiversité et des toitures végétales bleues-vertes. De la même manière, la collaboration avec des champions municipaux et externes influents a également été essentielle à la réussite des projets de toitures végétalisées et, plus largement, à l’adoption du règlement lui-même. Les résultats du règlement sur les toits verts de Toronto montrent que les architectes paysagistes jouent un rôle central dans le rapprochement entre politique et pratique, en traduisant les objectifs environnementaux en normes de conception claires et fondées sur des données probantes afin de faire progresser une réglementation efficace axée sur le climat.
Prochaines étapes
En novembre 2025, par le biais du Projet de loi 60, intitulé Loi de 2025 visant à lutter contre les retards et à construire plus rapidement, le gouvernement provincial de l’Ontario a abrogé le pouvoir de la Ville d’appliquer le règlement sur les toits verts. Par conséquent, le cadre réglementaire n’est plus en vigueur, et la Ville ne peut plus exiger des toits végétalisés ni faire respecter la conformité pour les nouveaux aménagements commerciaux, institutionnels et résidentiels à grande échelle, rendant ainsi les toits végétalisés facultatifs pour les nouveaux projets. Malgré ce changement, des toits verts continuent d’être aménagés à Toronto, principalement pour répondre aux exigences en matière de gestion des eaux pluviales prévues par d’autres réglementations et processus d’aménagement applicables. La Ville continue d’exiger des toits végétalisés sur ses propres installations dans le cadre de ses engagements internes en matière de durabilité et de ses objectifs environnementaux plus larges, et les infrastructures vertes restent un élément central des stratégies de résilience climatique, même sans règlement.
Au-delà des projets de toitures végétalisées, la Ville de Toronto étudie également des initiatives de décarbonisation plus larges pour le domaine public, notamment l’évaluation des impacts carbone des parcs, des paysages urbains et des travaux sur les emprises. En 2025, la Ville a achevé une étude comparative sur le carbone dans l’aménagement, qui a contribué à l’élaboration du Low Carbon Landscape Design Guide (guide de conception d’aménagements paysagers à faible empreinte carbone) afin de renforcer les capacités professionnelles et d’intégrer une prise de décision tenant compte du carbone dans les pratiques d’aménagement. D’autres études et initiatives politiques sont également en cours pour soutenir et poursuivre la mise en œuvre d’infrastructures vertes et pour aligner la conception paysagère sur les priorités en constante évolution en matière d’adaptation au changement climatique et d’atténuation de ses effets. Ensemble, ces efforts démontrent que, même si les outils réglementaires peuvent changer, les engagements en faveur de l’action climatique et des objectifs environnementaux par l’intégration d’infrastructures vertes continuent d’évoluer au sein des pratiques municipales de Toronto.
Ressources
- C40 Cities (2018) – City of Toronto's Eco-Roof Incentive Program and Green Roof Bylaw
- City of Toronto – Eco-roof Incentives Program
- City of Toronto – City of Toronto Green Roof Bylaw
- City of Toronto – Green Roof Overview
- City of Toronto – Guidelines for Biodiverse Green Roofs
- CBC News (Draaisma, 2025) – Ontario's scrapping of Toronto's green roof bylaw has opposition MPPs, advocates seeing red
- Living Architecture Monitor: A Green Roofs for Healthy Cities Publication (Peck, 2025) – Upheaval and Innovation: The Legacy of Toronto’s Green Roof By-Law and the Threatened Green Standards
- Living Architecture Monitor: A Green Roofs for Healthy Cities Publication (Liu, 2026) – Sky-High Returns: The Economic and Social Case for Green Roof Amenity Space
- Toronto Metropolitan University (formerly Ryerson University) (2005) – Report on the Environmental Benefits and Costs of Green Roof Technology for the City of Toronto

Cette étude de cas a été préparée et rédigée par Sabrina Careri (Design Communications) au nom de l'AAPC.
Elle fait partie de la série d'études de cas ADAPTerre, une ressource éducative et un outil de sensibilisation développés par l'AAPC avec le soutien du Programme d'adaptation aux changements climatiques de Ressources naturelles Canada.